Tournées les pages, ou en passe de l'être.
Non. Tournées, et définitivement.
Toutes ces chimères restées pendues à ses cieux si longtemps, se décrochent en silence une à une.
La pluie est tombée sur celles qui devaient le tuer, et les mène à présent dans les impitoyables couloirs de l'oubli, dans ce coin de son cerveau que la Grise a laissé ébréché, la nuit où elle le vit tenter de ne pas naître. Et son ciel bas et gris revient peu à peu se reposer sur ses épaules meurtries par les crocs de démons qui n'étaient pas les siens. Comme avant.
Les plaies ouvertes par d'autres se refermeront bien, et il retrouvera ses vieilles ombres-amies, qu'il a osé un temps, croire loin de lui...
Seul.
Les ténèbres sont vraies. Les pauvres soleils morts-nés qu'on espère capable d'éclairer sur le chemin, n'existeront jamais vraiment. Rien ne réchauffe à travers la longue marche.
Et les coeurs des maudits n'allument aucun soleil...
Il reprendra son chemin loin de la Grande Route, sans plus verser de larmes même si ses mains sont vides, même si son coeur est triste, si ses pieds sont en sang.
Et même s'il se retourne, de temps à autres, même si ces fantômes qu'il a abandonnés, derrière lui le saluent avec regrets, il saura bien apprendre à préserver son coeur, il le gardera froid et sourd à leurs appels, sourd à leurs complaintes, à leurs mélodies douce-amères qui rendent l'âme triste et rouvrent toutes ces plaies qui ne cessent jamais de saigner...
Il trébuchera sur les pierres qui bordent les falaises, se noiera presque dans les marais immondes dans lesquels meurent les rêves, et tracera sa voie au milieu des ronces, sans jamais s'arrêter.
En ayant toujours froid.
Jusqu'à ce que cette nuit qui n'appartient qu'à lui, le reprenne en son sein et balaie souvenirs et tourments inutiles ; il sera pardonné d'avoir trop espéré, et on lui accordera une place où se lover, dans le Noir.
Comme auprès de l'âtre, quand il neige dehors, et qu'on ferme les yeux...