
Crois-tu que je pourrai reprendre enfin ma route,
Sans verser d'autres larmes sur tout ce qui n'est plus?
Suis-je au moins assez fort pour rester à ma place?
Me crois-tu assez brave pour ne jamais faillir?
Pour éviter qu'un jour, au détour d'un échec,
Fatigué des embûches semées sur mon chemin,
Je ne décide soudain d'emprunter la grand Route?
Vois-tu celle dont je parle? celle qui est large et qui trace
Faisant tomber les arbres, mutilant l'horizon,
Celle qui va droit devant, sans cailloux, sans épines,
Celle qui est morne et plate, et qui sent le goudron,
Celle qui décolore l'âme, celle qui fait oublier,
Celle qui rend gris et vieux, et dont nul ne s'écarte...
Vois-tu bien cette route et sa malédiction?
Me crois-tu assez fort pour continuer pieds nus
Sur les sentiers brisés que mon coeur tend à suivre
Sur lesquels vagabondent les coeurs des maudits
Me crois-tu assez fort pour m'y tenir toujours?
Suis-je assez courageux pour garder la souffrance
Et y puiser mon Moi, sans rompre la magie?
Pour qu'à jamais je puisse, malgré mes pieds en sang
M'arrêter un instant, et savoir contempler,
Rester humble et pouvoir m'émerveiller du ciel...
Sans asservir mon coeur et sans jamais vieillir?...