Novembre traîne dans son sillage des odeurs venues de loin et, presque tendrement, étend sur ses enfants son linceul humide et froid. C'est que ce Mal-Aimé chérit les êtres maladifs qui vivent dans son lit et se vautrent dans son silence.
Ses bruits de talons qui claquent dans les ruelles vides aux pavés brillants, ses feuilles qui crissent dans les caniveaux gluants.
Sa lugubre magie est poison adoré, recherché, tant attendu l'année durant.
C'est un geste du Néant envers ceux qu'Il condamne, une caresse indifférente qui fait trembler la lèvre et se serrer la gorge.
Le sursis.
L'absence.
Le renoncement.
On ouvre un peu les yeux et l'on se trouve changé, encore une fois.
Un peu plus étranger. Un peu plus loin.
A chaque fois.
On y a goûté de nouveau, on s'y est plu finalement, on s'y est trouvé si bien...
Le silence absolu... la solitude profonde qui ne trahit jamais...
On y a une vraie place, un creux dans le noir où se lover, derrière un rideau de pluie qui éloigne les voix du rêve.
De l'autre côté tout est tellement surfait, avec ces spectres ridicules qui reviennent frapper aux carreaux pour vendre leurs rêves fanés...
On a fermé la porte sur les jolis chemins qu'on voulait verdoyants.
Refermé les tiroirs peuplés de chants d'oiseaux.
Et fait face au miroir et à tous ses mensonges.
Mais la morsure du gel n'est plus insupportable...
L'esprit s'engourdit et l'on s'endort ainsi.
Réconforté de se savoir n'être rien.
_______________________________________________
Il est un temps où l'on prend ses névroses pour des amies fidèles, un temps où l'on exhibe ses plaies comme on le ferait avec des trophées.
C'est un mécanisme vicieux dans lequel on s'englue.
Les taches de moisissure sur le plafond sale me parlent des heures perdues à contempler. J'y ai vu s'étaler cette grangrenne, semblable à celle qui a finit de ronger mon coeur et mes espoirs.
Le plafond avait été blanc.
Et je ne peux m'empêcher de comparer.
Naît une nouvelle illusion, celle qui convainct l'esprit de se retirer au fond du gouffre, comme si le Néant méritait encore un bout d'âme... Comme s'il devait tout obtenir de moi, tout, jusqu'à la plus faible pulsation.
L'amertume est un puits au fond duquel il est facile de se terrer.
C'est étrange, comme le silence remue la boue du fond de l'être, comment les voix du passé peuvent se transformer en cris déchirants..
Comme il est naturel de laisser les monstres ravager notre conscience, lacérer nos intentions, mettre en pièces l'illusion de notre vie...
On ne peut crier. D'ailleurs pourquoi crierait-on?
Ce n'est que le désert qui vient chercher son dû.