Par Super Pépin
Le fleuve des enfers qui me sépare de l'Autre Vide s'est trouvé réduit à un ridicule ruisseau. L'eau figée et grasse, aux relents de charogne, reflétait encore ce ciel noir, encore, sans pluie et sans orage..
J'ai marché sur la rive , la prairie verte et pour toujours malade s'étendait à jamais, et tout était muet, suspendu, comme dans aquarelle.
Du tabac dans ma bouche, du tabac qui étouffe, impossible à recracher...
Et j'ai marché ainsi sur les bords de l'Oubli jusqu'à un caveau vide.
Mon caveau. Ma tombe, ma tombe au coeur de la prairie.
Dans la pénombre rassurante j'y ai bu l'eau froide qui stagnait dans un bénitier de marbre...
Puis est venue la crue.
La vague de reproches, de paroles assassines, le flot de vérité méchantes qui frappent, assomment, broient.
Petitesse, petitesse face à la mer, ridicule tentative de survivre au tumulte.
Et le chemin vers le phare éteint, seul émergeant de la tempête silencieuse. Les nuages ont rencontré la mer. Les eaux se sont confondues avec avec le ciel noir,
tout a roulé, tout a sombré, aspiré, recraché, brouillé dans un formidable fracas, tout, tout s'est mélangé.
Trois vierges noires sur un parvis d'église.
Une salle d'attente aux allures de hall de gare. Et des billes et des enfants. Et dehors, la pluie encore.
Et trois vierges noires sur un parvies d'église.
Trois vierges trapues à la peau brune et au regard stupidement fixe. Serrant dans leurs bras un enfant sans visage, emmailloté dans l'émail.
Comme celle de Notre Dame du Taur.
Pardonne-moi, pardonne-moi la fin de ma vie, pardonne-moi ma pourriture et la boue que je sue, vois je m'éteins mais n'y peux rien..
je ne sais que constater
sans jamais pouvoir m'étourdir.
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