Par Super Pépin
Je suis déjà loin.
Fébrile, le souffle court, parti bien avant l'heure ; et je perçois déjà les paysages brouillés par la buée, défilant de l'autre côté d'une vitre un peu sale.
Et ce sera comme ça. Toujours.
Cet élan comprimé, l'excitation amère du départ repoussé, attendu, du voyage jamais consommé, la route insatisfaite.
C'aurait dû n'être plus qu'un nouveau souvenir. Je ne m'en serais pas trouvé plus aise. Souvenir ou devenir, c'est toujours ce qui n'est pas ou plus qui accroche mes soupirs, et les regrets souvent accompagnent ces ternes rêveries...
Je dénigre volontiers ce que j'ai trop vu, à tort c'est certain ; et colore souvent à outrance ce que je vis passer comme un éclair, qui n'était même pas enchanteur mais sait le devenir, avec un peu de temps.
Je me souviens pourtant de l'instant suspendu ou j'annonçai que non, je ne vivrai pas là, et que sans doute d'ailleurs, je n'y reviendrai plus. Mais ce n'était pas moi, ou bien cet autre est mort.
Puisque oui, j'y retourne, et encore une fois, ne ferai que passer, pour qu'encore dans mes rêves se parent de pieux mensonges les coins de rues trop propres et les silences dans l'air, les ice breakers endormis, les marches toutes blanches, les vagues glauques et froides...
Et je dirai encore à qui voudra l'entendre que ce sera la dernière, et que lorsqu'on y est, ailleurs, on trouve à ces lointains rêvés, un goût bien fade et une odeur trop lourde... quelque chose de fané qu'il eût mieux valu ne jamais contempler.
Et je dirai peut-être, mais seulement à moi-même, que ce qui fut nourri ne serait-ce qu'une fois de rêves et de douleurs, ne peut finalement souffrir aucun retour.
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