Je ne suis pas très sûr.
De qui je suis et où je vais.
Plus très sûr de la réalité de ce que je dois ou croyais être.
C'est regarder le ciel, mais ne plus rien y voir. Le même fond brouillé que celui des eaux sales.
"Dehors" n'a plus de sens, il convient à présent de s'interroger sur ce qu'était l'ailleurs, ce que représentait ce fantôme affamé, ainsi que tout ce qui lui fut cédé.
L'ailleurs qui ronge encore, mais quoi ?
Il n'y a plus d'élan, plus de musique, de poésie.
Il n'y a plus de vent.
Il n'y a qu'un instant trop longtemps suspendu, un tableau silencieux où l'Ennui se contemple, un engourdissement qu'on a laissé grandir. Le froid même pas mordant, et puis l'absence encore...
C'est s'attarder de trop, renier quelque chose, ne plus se révolter mais toujours s'écoeurer de ne plus reconnaître.
C'est perdre son chemin et laisser disparaître ce qu'on portait naguère ; se perdre sur les côtes, arpenter les falaises tout en sachant que non, on n'en tombera même pas...
C'est prétendre s'émouvoir encore du son de la corne de brume, quand on sait que sa plainte est morte il y a longtemps.
C'est ce qui dissimule et puis immobilise, et tout ce qui empêche de reprendre la marche...
Parce que, sans même y prendre garde, on a dû disparaître, dispersé pour de bon dans les vents et l'écume.