Il paraît que l'on peut voir briller les étoiles bien longtemps après leur mort.
Ainsi il ne pouvait s'empêcher de comparer ce ciel qu'il contemplait, avec sa misérable existence, sa furieuse volonté d'être reconnu, aimé.
Présent...
"Marquer le monde de sa putain d'empreinte."
Certains disent que l'on ne meurt jamais vraiment tant qu'il reste quelqu'un pour se souvenir de vous...
Il avait entendu dire par d'autres que ce sont les enfants, qui, portant dans leur sang les tares de leurs aïeux, leur assurent l'éternité...
Ce n'est pas ainsi que l'on marque le monde. Il ne voulait pas de ces fades consolations, de ces tentatives désespérées d'échapper à l'inéluctable.
Mais que voulait-il laisser au juste, que pouvait-il bien laisser derrière lui qui vaille la peine qu'on s'en souvienne?..
Des questionnements d'adolescent attardé, rien de plus, et c'est tout ce qu'il voyait quand il se surprenait à détailler malgré lui son reflet dans le miroir. A vrai dire, il réprimait toujours ce profond sentiment de dégoût à la vue de ce double qu'il ne parvenait pas à reconnaître.
Il s'embourbait dans l'abîme de ces pourquois qui lui tordaient le coeur, et savait trop bien qu'il s'y enfoncerait encore un peu plus chaque jour, jusqu'à la fin.
Laisser une trace. Ce déchirement entre la certitude ancrée de n'être rien, et ce besoin réprimé, cet espoir ridiculement ''normal'' de valoir "quelque chose"...
Stupide espoir de postérité dansant parmi toutes les Impostures qui accablent les hommes...
Il avait bien tenté de ne pas naître pourtant, mais comme les autres il avait été jeté au monde et voué au même destin. Parce que les sentiers brisés sur lesquels ils s'abîmait les pieds et l'âme mèneraient de toutes façons au même océan, et qu'il faudrait bien qu'il s'y noie tout à la fin. Comme les autres.