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Comme ces regards disparus croisés sur les vieilles photographies. Le pont d'un navire qui n'est plus. Les ruelles autrefois baignées de soleil, et qui n'existent plus. Les claquements de semelles qui y résonnaient, les cris d'enfants, un miaulement de chat.
Je vis dans un souvenir qui ne m'appartient pas.
J'observe mes mains. Je m'observe tout entier.
Je me tiens à ma droite quand, les yeux dans le vague, je contemple l'effroi.
Et j'observe, je cherche à voir ou à entendre, avec une ardeur désespérée je lutte, je lutte de tout mon être, contre l'inacceptable sort qui m'a jeté ainsi sur la toile de cette époque atroce, qui n'en finit pas de voir le monde mourir.
Je vis dans un souvenir qui ne m'appartient pas. Une scène en noir et blanc, jaunie par la patience. Qui n'a jamais eu lieu, nulle part, jamais.
Je regarde mes mains, il le faut je le sens, sans cela il est clair que je n'existerais nulle part.
Je ne suis pas d'ici, et pas de maintenant, et je n'ai pas de place, nulle part, jamais.
Ma vie s'écoule à une vitesse folle, je sens déjà mon corps fatiguer quelques fois. L'indifférence du siècle me glace les entrailles. Je l'ai fuit quand j'ai pu, mais me suis retrouvé projeté malgré moi au milieu du Royaume, sans armes et sans alliés.
et je ne sais que faire, je n'ai nulle part ma place, et ce que je trouve beau meurt plus vite que moi.

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