"C'est juste la fin d'un travail".
C'est comme un adieu, pourtant c'est
autre chose. Il n'y a pas de mot à mettre là-dessus. Le vide
s'engouffre et reprend sa place. Au centre.
Puisqu'il ne sera jamais possible d'expliquer ce qui ne se dit pas.
Puisque tout ce qui portait des mots a été dispensé, qu'à présent c'est le vent qui apportera seul ce qui ne s'entend pas.
Puisque jamais l'orage ne s'abattra sur le cadavre de la
silencieuse et sur l'écho de ses dernières paroles, et qu'il faudra
abandonner là tout espoir de dire et d'être compris...
"Etoile reste
Etoile part
Etoile n'a pas la plus riante
Ni la plus douce des lumières"
Le silence et la solitude.
Je suis de ceux-là qui ont perdu la voix. De ceux qui ne savent dire et
s'expriment par gestes vagues et avortés, qui n'ont jamais de mots et
ne savent en inventer.
J'ai cessé de tenter d'exprimer ce qui ne se dit pas.
Le silence de la grande prairie, la solitude du long chemin, la
route parsemée de cailloux tranchants à laquelle j'ai choisi de
m'attacher pour me meurtrir les pieds à tout jamais.
Le prix du souvenir et de l'acquis inutile. Puisqu'il n'y aura
jamais de repos. Repos-néant, muet, trame de fond, néant, néant.. les
larmes sont le prix à payer pour ne pas oublier.
Le chemin plein de ronces, ma route assassine dont les fleurs n'auront jamais que cette odeur fade et entêtante..
"jamais que l'odeur des roses des prairies, c'est à dire l'odeur de ta propre fin"
"Accepte-le car tu n'auras que cela tout au long de ta vie, avec
pour tout bagage des passants, et des larmes qui ne seront jamais
tiens. Parce que tu es silence et solitude, et que tu sais parfaitement ce que cela coûte de parler de ce qu'on est."
Seul à sentir la douleur de ses pieds.
"Etoile reste
Etoile part
Etoile n'a pas la plus riante
Ni la plus douce des lumières"
Un jour j'aurais oublié.
Un jour j'aurais oublié comment parler aux loas.
J'ai rêvé, d'une très vieille femme, de celles qui ont tellement vécu
qu'on s'imagine toujours qu'elle ont eu "une si belle vie bien
remplie".
Tournée vers la Route, elle parlait du long chemin avec un curieux
air amusé ; elle n'avait aucun mérite à en être arrivée là, tout ce
qu'elle avait jamais fait, c'était marcher "parce qu'il le fallait", en
ne perdant pas de vue la route, en s'accommodant autant que possible de
"ce pays de pourriture qu'on appelle la vie." Et son si curieux et si
doux petit rire presque éteint de vieille fatiguée.
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30 avril
Un trois-mâts sur un récif, sur un rocher rougeâtre battu par les
eaux les plus féroces. Les eaux qui emportent et qui frappent, mais le
bateau reste à poste, échoué pour jamais si près des côtes.
Cette nuit j'ai vu des requins, j'ai été dévorée. J'ai vu des
bateaux tenter de voguer sur les terres et ça n'a pas marché. Je me
suis promenée sur un chemin étrange, à moitié goudronné, à moitié
effondré ; tout autour les larges flaques d'essence reflétaient un ciel
que je ne voyais pas, et rempli d'arcs-en-ciel qui n'existaient même
pas. Et de profonds trous d'eau me rappelaient le gouffre dans lequel
je ne cesse d'envoyer des cailloux.
Les gens me bousculaient sur le chemin étroit et délabré, personne
ne voulut s'arrêter un instant pour contempler la crasse de laquelle
naissent les chardons empoisonnés. Et mes roses des prairies. Sans
couleurs et à l'odeur de cercueil terreux.
Sur les berges hier soir, j'ai rencontré Denis, qui allait bientôt mourir. Il m'a dit "que
la vie soit belle princesse! Bonne chance, good luck, et démerde-toi!".