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11 avril

"C'est juste la fin d'un travail".
C'est comme un adieu, pourtant c'est autre chose. Il n'y a pas de mot à mettre là-dessus. Le vide s'engouffre et reprend sa place. Au centre.
Puisqu'il ne sera jamais possible d'expliquer ce qui ne se dit pas.
Puisque tout ce qui portait des mots a été dispensé, qu'à présent c'est le vent qui apportera seul ce qui ne s'entend pas.
Puisque jamais l'orage ne s'abattra sur le cadavre de la silencieuse et sur l'écho de ses dernières paroles, et qu'il faudra abandonner là tout espoir de dire et d'être compris...




"Etoile reste
Etoile part
Etoile n'a pas la plus riante
Ni la plus douce des lumières"

Le silence et la solitude.
Je suis de ceux-là qui ont perdu la voix. De ceux qui ne savent dire et s'expriment par gestes vagues et avortés, qui n'ont jamais de mots et ne savent en inventer.
J'ai cessé de tenter d'exprimer ce qui ne se dit pas.
Le silence de la grande prairie, la solitude du long chemin, la route parsemée de cailloux tranchants à laquelle j'ai choisi de m'attacher pour me meurtrir les pieds à tout jamais.
Le prix du souvenir et de l'acquis inutile. Puisqu'il n'y aura jamais de repos. Repos-néant, muet, trame de fond, néant, néant.. les larmes sont le prix à payer pour ne pas oublier.
Le chemin plein de ronces, ma route assassine dont les fleurs n'auront jamais que cette odeur fade et entêtante..

"jamais que l'odeur des roses des prairies, c'est à dire l'odeur de ta propre fin"

"Accepte-le car tu n'auras que cela tout au long de ta vie, avec pour tout bagage des passants, et des larmes qui ne seront jamais tiens. Parce que tu es silence et solitude, et que tu sais parfaitement ce que cela coûte de parler de ce qu'on est."

Seul à sentir la douleur de ses pieds.

"Etoile reste
Etoile part
Etoile n'a pas la plus riante
Ni la plus douce des lumières"



Un jour j'aurais oublié.
Un jour j'aurais oublié comment parler aux loas.

J'ai rêvé, d'une très vieille femme, de celles qui ont tellement vécu qu'on s'imagine toujours qu'elle ont eu "une si belle vie bien remplie".
Tournée vers la Route, elle parlait du long chemin avec un curieux air amusé ; elle n'avait aucun mérite à en être arrivée là, tout ce qu'elle avait jamais fait, c'était marcher "parce qu'il le fallait", en ne perdant pas de vue la route, en s'accommodant autant que possible de "ce pays de pourriture qu'on appelle la vie." Et son si curieux et si doux petit rire presque éteint de vieille fatiguée.



______________________

30 avril

Un trois-mâts sur un récif, sur un rocher rougeâtre battu par les eaux les plus féroces. Les eaux qui emportent et qui frappent, mais le bateau reste à poste, échoué pour jamais si près des côtes.

Cette nuit j'ai vu des requins, j'ai été dévorée. J'ai vu des bateaux tenter de voguer sur les terres et ça n'a pas marché. Je me suis promenée sur un chemin étrange, à moitié goudronné, à moitié effondré ; tout autour les larges flaques d'essence reflétaient un ciel que je ne voyais pas, et rempli d'arcs-en-ciel qui n'existaient même pas. Et de profonds trous d'eau me rappelaient le gouffre dans lequel je ne cesse d'envoyer des cailloux.
Les gens me bousculaient sur le chemin étroit et délabré, personne ne voulut s'arrêter un instant pour contempler la crasse de laquelle naissent les chardons empoisonnés. Et mes roses des prairies. Sans couleurs et à l'odeur de cercueil terreux.
Sur les berges hier soir, j'ai rencontré Denis, qui allait bientôt mourir. Il m'a dit "que la vie soit belle princesse! Bonne chance, good luck, et démerde-toi!".

...Et tout ce que je suis incapable de dire...


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