Une
couleuvre rousse, une couleuvre blanche, lovées dans les cendres
froides d'une cheminée sale, contre le ventre blanc d'un tigre
grotesque aux pattes atrophiées. Et des lézards qui fuient pour ne pas
qu'on les mange, partout des lézards, qui s'éparpillent, comme le font
ces minuscules araignées qui, par milliers s'arrachent du dos de leur
mère écrasée. Comme une fourmilière pulvérisée. Des flots...
Tandis qu'on envahit mon espace, tandis que le tigre s'éveille et
referme ses mâchoires sur ma gorge, calmement. Puisque c'était prévu.
Les
gens se hâtent, ils semblent refuser d'admettre que courir sous la
pluie ne les protègent en rien de ce qu'ils considèrent comme un
désagrément. Ainsi ils disparaissent dans les portails, trempés et
contrariés, malgré tous leurs efforts hypocrites.
Sous une de ces mêmes petites averses qui révèlent mon ridicule,
lorsque, enivrée, je laisse les mots de celle que je ne suis même plus,
résonner à travers les méchantes plaies que je voudrais refermées pour
toujours. Pour ceux qui les ont un jour ouvertes, et qui, devenus
spectres fades, n'ont laissé que des bruits blancs, mais parviennent
encore à me jeter à la face l'arrogance que j'ai, parfois, d'oser
penser pouvoir oublier ma Faiblesse.
Je n'avais jamais remarqué, aux abords des barrages, le bruit de
l'eau qui coule. Le tumulte artificiel qui ressemblerait presque au
ressac des vagues, contre les tétrapodes de la jetée du dragon, vieux
nexus peuplé d'ombres tenaces courant comme tant de chiens, autour d'un
pauvre phare rouge.
Je ne suis que cela, rien qu'un reflet brouillé dans une flaque
d'eau. Bousculée par des ombres haletantes qui me montrent "autre
chose". Parfois.
Parce qu'il m'arrive encore de me mentir un peu, et de courir sous la pluie.