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Sous les cadavres des chimères lointaines, toutes boiteuses qu'elles étaient lorsqu'elles te lacéraient... De sous l'humus s'élève encore leurs derniers râles.
De sous la terre stérile de ton pays désolé, de sous les souches pourries et le poison des roses, remuent toujours la peine et ces élans si vains qui te poussèrent naguère.
Lâche, lâche comme ces rêves que tu savais avortés, pourtant tout juste nés.
Lâche, n'entends-tu pas les plaintes lancinantes de ces clowns malades ?
Leur tordras-tu le cou, enfin ?
les piétineras-tu pour de bon cette fois ?
Ou laisseras-tu encore leurs fluides gluants, leur odeur entêtante, te pénétrer ainsi, et engourdir ton être à chaque fin d'été?
Ne te leurres donc pas. Tu n'as pas oublié, tu n'en es pas capable. Remballe ton orgueil, pudiquement, puisque toutes ces épines te font encore saigner... à genoux, à genoux, et baise donc ce sol qui souffre ainsi ton poids.
Ni la pluie ni l'automne ne portent ton salut.
Ni la pluie ni l'automne ne sauront te porter.
Clos tes fenêtres sales sur tout ce qui est rouillé, et ce que tu as perdu, enterre-le dans un coin dont tu te souviendras, mais en paix, libéré.
Garde toujours en toi ce qui te manque et blesse. Et de tous les espoirs bâclés, de toutes les défaites et les luttes refusées, ce que les autres t'ont pris, volé, arraché, quand même tu n'en voudrais, n'en perds jamais le goût.

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